lundi 20 février 2017

L'édition à compte d'éditeur




Quand on commence à penser à diffuser ses écrits, trois possibilités s'offrent à nous :
- l'édition à compte d'éditeur
- l'édition à compte d'auteur
- l'auto-édition

Dans cet article, je vais vous parler de la première : l'édition à compte d'éditeur.
Cet article sur wikipedia pourra vous donner quelques informations de base.



Ce mode d'édition est celui auquel on pense le plus fréquemment en termes d'édition. C'est le modèle le mieux connu des français, le plus "traditionnel" en quelque sorte, encore vu comme un sésame et un gage de qualité par les auteurs comme par le public (les lecteurs).

Dans le paysage des éditeurs à compte d'éditeur, on trouve des grandes maisons, des petites, et des intermédiaires.
Certaines sont prestigieuses, d'autres à peine connues d'une poignée d'initiés.
Certaines sont "généralistes" (c'est à dire qu'elles éditent de tout), d'autres sont spécialisées (dans un ou plusieurs genres spécifiques, qui font en quelque sorte la "marque" de la maison).


Avant d'aller plus loin, permettez-moi de définir ce qu'est l'édition à compte d'éditeur :


Dans ce format d'édition, un auteur soumet son manuscrit/tapuscrit à une maison d'édition.
Si son travail l'intéresse et est validé, la maison lui propose un contrat (à signer donc).
L'auteur cède alors ses droits (de diffusion, d'exploitation et de représentation) à l'éditeur pendant un temps défini au contrat (les plus courants sont 2 ans, 5 ans et 10 ans), contre une rémunération, qui prend la forme d'un pourcentage (variant généralement entre 6% et 12%).
L'auteur devient en quelque sorte salarié (ça veut dire qu'il n'a rien à payer) et touche un salaire équivalent au pourcentage négocié sur les ventes. La maison prend en charge tous les coûts (mise en page, couverture, diffusion, promotion, etc.).


La soumission

Elle se fait soit par voie postale, soit par voie numérique, parfois au choix ou parfois imposé, en fonction des maisons.
L'envoi d'un manuscrit seul est rare. Souvent, on vous demandera de joindre une lettre d'intention et un synopsis détaillé du livre.
Pour savoir ce que l'éditeur attend des auteurs candidats, il faut se référer au site de la maison et noter attentivement tous ces éléments.
Si on respecte toutes les exigences de présentation et d'envoi, on aura plus de chances de s'attirer les bonnes grâces de l'éditeur qui si on envoie quelque chose sans se renseigner plus avant sur son fonctionnement.

La réception

Certaines maisons accusent réception des documents, d'autres non.
Si vous recevez un accusé de réception (quelle que soit sa forme), c'est un bon point pour l'éditeur.
Les délais de traitement sont souvent assez longs, allant de quatre semaines à plus de deux ans en fonction des maisons. Les délais moyens sont parfois mentionnés, quelquefois pas du tout. Là aussi, prenez le temps de lire attentivement les informations communiquées par l'éditeur (sur son site le plus souvent, mais ça peut aussi se faire en salon par exemple).
Une fois réceptionné, votre manuscrit est confié à un comité de lecture.

La sélection

Si votre manuscrit passe l'étape du comité de lecture (souvent composé de stagiaires et de membres bénévoles, très rarement de l'éditeur lui-même), il pourra faire l'objet d'un contrat d'édition.
Il y a parfois plusieurs "niveaux" de comités de lecture, soit plusieurs étapes de sélection avant de se voir proposer un contrat.
Si l'écrit est accepté par la maison d'édition et qu'elle vous propose un contrat, votre manuscrit aura fait une bonne partie du chemin.

La réponse

Certains éditeurs envoient un courrier de réponse aux auteurs, d'autres non.
Les courriers, quand il y en a, peuvent revêtir différentes formes. Cela peut aller d'une "banale" lettre type, qui explique que votre écrit n'a pas été retenu pour telle ou telle raison, à un retour très détaillé et très riche qui démontre une lecture attentive et scrupuleuse et vous propose des pistes d'amélioration, mentionne ce qui a plu ou gêné, etc. tout cela en passant par des courriers plus ou moins renseignés et plus ou moins clairs pour l'auteur.
Dans tous les cas, si vous recevez un courrier, même type, soyez reconnaissant envers la maison, car certaines ne prennent pas cette peine. Si le courrier de plus est motivé et fait mention d'éléments utiles à l'auteur, alors notez précieusement l'adresse de cette maison, vous avez affaire à quelqu'un de passionné et de sérieux.

Le contrat

Si vous le signez, votre manuscrit passera alors entre les mains de correcteurs professionnels.
Toutefois, il s'agit d'un contrat, qui vous engage et engage la maison. Comme tout contrat, il ne faut pas le prendre à la légère ni le signer trop vite. Il faut prendre le temps de bien le lire et le relire, de le comprendre, et d'en mesurer les implications.
Savoir s'entourer d'avis extérieurs peut aider à y voir plus clair et à repérer des éléments qui vous auraient échapper suite à une lecture personnelle.
De plus, un auteur est émotionnellement impliqué. Tenir un contrat d'édition entre ses mains est un grand moment d'émotion (encore plus quand cela arrive pour la première fois). Prenez garde à ne pas vous laisser aveugler par votre enthousiasme et ne répondez pas trop vite.
Prenez le temps de le lire à tête reposée et d'y revenir.
Si des points vous paraissent peu clairs, ou absents, n'hésitez pas à en parler avec votre interlocuteur dans la maison d'édition.
On l'oublie parfois, mais un contrat est le résultat d'une négociation. Une fois signé, il est trop tard pour négocier, modifier, ajouter ou supprimer quoi que ce soit.
C'est donc bien avant de signer qu'il faut se poser les bonnes questions et comprendre dans quoi on s'engage.

La correction et le BAT

Vous avez signé le contrat, ça y est !
Votre manuscrit va désormais passer au crible de correcteurs professionnels.
Il est possible, sinon probable, que l'éditeur vous demandera d'intervenir sur votre texte.
Tout cela est fait dans une optique d'amélioration, pour rendre le texte de meilleure qualité et plus "vendeur".
Une maison d'édition est une entreprise. Passionnés ou pas, il leur faut faire du chiffre, et donc vendre. Vous avez un vrai professionnel qui connaît bien le marché et les lecteurs cibles, faites-lui confiance et mettez votre ego de côté si nécessaire pour au moins réfléchir aux demandes formulées.
Les concessions que vous pourrez faire pourraient grandement améliorer votre texte et du coup augmenter vos chances d'être lu (et donc aussi, de vendre).
Une fois que tout est bien ficelé et prêt à envoyer à l'imprimeur (l'un des maillons de la chaîne), vous recevrez un BAT (bon à tirer).
C'est une sorte d'aperçu avant impression, si j'ose dire. Il vous faudra relire l'intégralité de l'ouvrage et valider (ou non) le produit pour qu'il parte à l'impression.
C'est une étape cruciale qui mérite toute votre attention, car si on laisse passer des "boulettes", on les retrouvera dans le livre imprimé (numérique ou/et papier). Le lecteur les retrouvera donc aussi.
La crédibilité de la maison (et la vôtre !) peuvent se trouver impacter par des BAT validés à la hâte.
On dit par exemple que la norme en termes de fautes est de sept fautes dans un livre édité. Au-delà, il y a un souci. Bien sûr, on préférera tous viser le zéro faute...

La diffusion

Une fois votre livre édité (en numérique ou/et papier), votre éditeur se charge de la diffusion.
Il fait alors appel à son réseau pour proposer votre ouvrage sur différents points de vente (libraires, plate-formes comme Amazon ou la FNAC, etc.).
Normalement, vous avez la possibilité d'acheter vos ouvrages à un tarif préférentiel (oscillant entre 25% et 40% de remise), ce qui vous permet de vendre vous-même certains exemplaires (famille, amis, salons où votre éditeur n'intervient pas, etc.). Cela doit apparaître au contrat.

La promotion

Il revient à votre éditeur de faire la promotion de votre livre. Il dispose pour cela d'outils performants, d'un réseau (diffuseur, distributeurs partenaires, etc.) et d'une équipe.
Bien sûr, un auteur impliqué aura plus de chances d'être visible que celui qui reste dans l'ombre et ne participe pas du tout au travail promotionnel fourni par l'éditeur.
L'auteur peut être amené à participer à des conventions, des salons, des séances de dédicaces, etc.
Personnellement, je vois davantage cela comme une association, comme du travailler ensemble, que comme une relation employeur/salarié.
Si l'éditeur nous fait confiance sur la qualité de notre travail d'écriture, sachons lui faire confiance sur son travail d'éditeur, et lui témoigner notre respect et notre dynamisme et nous associant à son travail de la manière la plus appropriée.
Pour cela, il faut être capable de communiquer, et donner de son temps.


Quelques conseils et données utiles sur l'édition à compte d'éditeur :


La rémunération de l'auteur

L'auteur est considéré comme un salarié. Il perçoit de l'argent versé par l'éditeur. Cet argent correspond à un pourcentage sur les bénéfices de la vente du livre.

Pour les livres papier, la fourchette habituelle se situe entre 6% et 12%.
J'ai pourtant vu un certain nombre d'exemples aussi bas que 5% et aussi hauts que 15%, donc on pourrait étendre cette fourchette de 5% à 15%, même si la plupart des auteurs sont rémunérés entre 8% et 10% (vous remarquerez que ça va du simple au double, voire au triple, comme quoi, ça peut valoir le coup de négocier avant de signer, même s'il s'agit d'un premier contrat).

Pour les livres numériques, qui génèrent beaucoup moins de frais que leurs homologues papier, un auteur peut raisonnablement négocier une rémunération plus élevée, s'élevant assez fréquemment à 30%, et même parfois 35% des bénéfices des ventes.
Il s'agit de négocier avec son éditeur.
Bien sûr, cela est plus facile quand on n'est pas un illustre inconnu.

Une avance sur droits forfaitaire peut être versée à l'auteur selon des modalités établies au contrat (à la signature du contrat, à la parution du livre, à la remise du manuscrit, etc.), mais cela est rare, surtout pour des premiers contrats.
Si vous avez la chance d'en bénéficier, n'oubliez pas qu'il s'agit d'une avance sur les ventes, pas d'un cadeau de bienvenu !


La durée d'exploitation

La durée de la cession des droits doit être définie au contrat.
En cas de rupture, l'auteur retrouve tous ses droits sur son texte.
Attention, rompre un contrat peut avoir un coût, selon qu'il y a eu faute ou non, ce qu'il faut dans tous les cas pouvoir prouver.


Concernant les contrats, je vous invite à lire cet article de Nathalie Bagadey sur le sujet :
Contrats d'édition : 10 points essentiels à vérifier

Si vous aimez les pavés, voici aussi un document de 186 pages rédigé par le Conseil Permanent des Ecrivains : le contrat d'édition.



Le site de l'oie plate (lien mis à gauche de mon blog) est une mine de renseignements, que je vous invite à consulter avec attention.


Avant de penser à contacter une maison d'édition à compte d'éditeur, je ne saurais que trop vous conseiller d'améliorer votre texte par tous les moyens possibles.
Pour cela, il faut étudier, travailler, et s'entourer.
La bêta-lecture de vos textes est par exemple une étape qui peut grandement aider à leur amélioration et leur donner de meilleures chances de publication.
Vous pouvez lire mes articles sur le sujet pour en apprendre plus :


N'hésitez pas vous bâtir votre propre expérience, à tenter l'aventure avec des textes courts (des nouvelles par exemple, dans un recueil ou en participant à des concours ou des AT) avant de penser offrir le grand bain à un écrit plus complexe et plus "affectif".
Cela ne pourra que vous donner de l'expérience, du recul, et de la matière.


N'envoyez pas vos manuscrits à tout va.
Sélectionnez des maisons pertinentes, dont la ligne éditoriale correspond à vos textes, qui éditent des livres semblables, avec lesquelles vous avez envie de travailler.
Cela doit découler d'un choix réfléchi, pas d'une tentative hasardeuse ou désespérée.

Pour les éditeurs des genres de l'imaginaire, je me permets de vous conseiller le très intéressant Grimoire Galactique des Grenouilles.


Suggestions de lectures connexes :

Qu'est-ce qu'un éditeur ? Méfiez-vous des imitations ! article d'Elijaah Lebaron


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2 commentaires:

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